Salarié et manager se serrant la main pour les entretiens annuel et professionnel

Entretien professionnel, entretien annuel : la confusion qui coûte cher à votre entreprise

Deux entretiens portent presque le même nom, se déroulent parfois le même jour, et pourtant n’obéissent à aucune des mêmes règles. Beaucoup de dirigeants confondent encore l’entretien annuel et l’entretien professionnel, une confusion qui expose à des sanctions bien réelles pour l’un des deux, alors que l’autre reste à la libre appréciation de l’employeur.

Le sujet a d’autant plus de poids que l’entretien professionnel a changé de nom, de rythme et de contenu depuis la réforme entrée en vigueur fin 2025.

En bref :

  • L’entretien annuel évalue la performance et n’est pas obligatoire légalement, sauf convention collective contraire.
  • L’entretien professionnel, devenu l’entretien de parcours professionnel, est obligatoire pour toutes les entreprises et ne porte jamais sur la performance.
  • Depuis la réforme, il doit avoir lieu dans l’année suivant l’embauche, puis tous les 4 ans, avec un état des lieux tous les 8 ans.
  • Les entreprises de 50 salariés et plus risquent un abondement de 3 000 € sur le CPF du salarié en cas de manquement cumulé, absence d’entretien et de formation.
  • Le salarié peut refuser l’entretien professionnel sans risque, mais pas l’entretien annuel s’il a été informé des méthodes d’évaluation.

Entretien annuel, entretien professionnel : deux entretiens, deux objectifs

L’entretien annuel d’évaluation fait le bilan de l’année écoulée et fixe les objectifs à venir. Il relève du pouvoir de direction de l’employeur : rien dans le Code du travail ne l’impose, sauf disposition conventionnelle contraire.

C’est aussi la raison pour laquelle un salarié informé des méthodes d’évaluation utilisées ne peut pas refuser de s’y présenter sans risquer une sanction disciplinaire.

L’entretien professionnel poursuit un objectif différent : il porte sur les perspectives d’évolution du salarié, ses besoins en formation, et l’activation de ses droits (CPF, VAE, conseil en évolution professionnelle). La loi précise explicitement qu’il ne porte jamais sur l’évaluation du travail du salarié, une distinction que la Cour de cassation applique strictement lorsqu’elle contrôle la pratique des entreprises.

Contrairement à l’entretien annuel, il est obligatoire pour toutes les entreprises, quel que soit leur effectif.

CritèreEntretien annuelEntretien professionnel
ObjectifÉvaluer la performance et fixer des objectifsFaire le point sur l’évolution professionnelle et la formation
Caractère obligatoireNon, sauf convention collectiveOui, pour toutes les entreprises
Qui le mèneLe managerL’employeur ou un représentant de la direction
PériodicitéLibre, généralement annuelle1re année suivant l’embauche, puis tous les 4 ans
Sanction en cas de manquementAucune sanction légale spécifiqueAbondement CPF de 3 000 € pour 50 salariés et plus
Possibilité de refus par le salariéNon, sauf défaut d’information préalableOui, sans sanction possible

Au-delà de ces différences réglementaires, l’entretien annuel reste un formidable outil de management quand il est correctement préparé, bien plus qu’une simple formalité RH à cocher chaque année.

L’entretien professionnel devient l’entretien de parcours professionnel

Depuis la loi du 24 octobre 2025, l’entretien professionnel devient l’entretien de parcours professionnel, un changement qui n’est pas que sémantique : la réforme en fait un vrai outil de gestion des parcours professionnels, en particulier pour la deuxième partie de carrière.

Ces nouvelles règles s’appliquent depuis le 26 octobre 2025 pour la plupart des entreprises.

Une exception existe : si votre entreprise applique déjà un accord collectif portant spécifiquement sur la périodicité des entretiens professionnels, l’ancien régime continue de s’appliquer jusqu’au 1er octobre 2026 au plus tard, date à laquelle l’accord devra avoir été mis en conformité. Un accord collectif peut d’ailleurs toujours adapter cette périodicité, dans la limite fixée par la loi.

Le nouveau calendrier à intégrer dans vos outils RH :

  • Un premier entretien dans l’année qui suit l’embauche du salarié
  • Puis un entretien tous les 4 ans
  • Un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans, qui vérifie que le salarié a bien bénéficié de ses entretiens et d’au moins une formation non obligatoire
  • Un entretien de mi-carrière, dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière, autour des 45 ans du salarié
  • Un entretien renforcé de fin de carrière, dans les deux ans précédant les 60 ans du salarié

Le contenu de l’entretien s’est également étoffé avec la réforme. Au-delà des compétences et des besoins de formation, il doit désormais aborder l’activation du compte personnel de formation et les dispositifs de formation mobilisables comme la VAE ou le conseil en évolution professionnelle.

Ces éléments doivent figurer explicitement dans le compte rendu écrit remis au salarié.

Ce que vous risquez en cas de manquement

Le non-respect de l’entretien professionnel expose à des conséquences différentes selon la taille de votre entreprise. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, si un salarié n’a bénéficié ni de ses entretiens ni d’au moins une formation non obligatoire sur la période de 8 ans, l’employeur doit abonder son CPF de 3 000 €.

Ces deux conditions sont cumulatives : la Cour de cassation a confirmé que l’absence d’entretiens seule ne suffit pas à déclencher la sanction, en l’absence de tout défaut de formation.

En dessous de ce seuil, aucune sanction financière automatique, mais un salarié peut toujours réclamer des dommages et intérêts en cas de litige.

Autre nouveauté pour les 50 salariés et plus : la base de données économiques, sociales et environnementales doit désormais intégrer un bilan des formations issues de ces entretiens, un point à intégrer dans vos obligations d’information vis-à-vis du CSE.

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Peut-on mener l’entretien annuel et l’entretien professionnel en même temps ?

Les deux entretiens peuvent avoir lieu le même jour, rien ne l’interdit.

En revanche, ils ne peuvent pas être fusionnés dans leur contenu : la Cour de cassation a posé clairement que les questions d’évaluation ne peuvent pas être abordées lors de l’entretien professionnel.

Mieux vaut donc les traiter à des moments distincts, même rapprochés, avec deux comptes rendus séparés, pour éviter toute contestation.

Bien préparer et mener ces entretiens au quotidien

Une trame commune, accessible à tous les managers et construite avec eux plutôt qu’imposée d’en haut, reste la meilleure garantie d’équité entre les équipes.

Avec le nouveau rythme (4 ans, puis 8), le vrai changement de pratique est le suivi : un rétroplanning glissant par salarié remplace la simple campagne annuelle, ce qui demande de professionnaliser vos pratiques managériales sur la durée plutôt qu’au moment de l’entretien seul.

Chaque entretien doit donner lieu à un compte rendu écrit remis au salarié, à conserver dans la durée. Certains centralisent ce suivi dans un bilan social individuel plutôt que dans des documents épars.

Voici les points à vérifier dès maintenant pour vous mettre en conformité avec le nouveau cadre :

  • Recaler votre calendrier RH sur le rythme 1 an / 4 ans / 8 ans
  • Vérifier si un accord collectif existant sur la périodicité doit être renégocié avant le 1er octobre 2026
  • Mettre à jour vos trames d’entretien avec les nouvelles thématiques : parcours, mi-carrière, fin de carrière
  • Programmer les entretiens de mi-carrière et de fin de carrière pour les salariés concernés
  • Former les managers à la distinction stricte entre évaluation et parcours professionnel

Ce qui distingue une entreprise qui subit ces obligations d’une entreprise qui en tire parti, c’est la manière dont ces rendez-vous sont pilotés dans la durée.

Bien menés, ils deviennent un vrai levier de rétention et de développement des compétences, pas une case à cocher tous les quatre ans.

Un salarié peut-il refuser un entretien professionnel ? +
Oui. Contrairement à l’entretien annuel, que le salarié ne peut pas refuser dès lors qu’il a été informé des méthodes d’évaluation, l’entretien professionnel reste une proposition que le salarié peut décliner sans risquer de sanction. L’employeur doit simplement conserver une preuve écrite de la convocation pour se prémunir en cas de contrôle.
Un accord d’entreprise peut-il modifier la périodicité de l’entretien professionnel ? +
Oui, un accord collectif d’entreprise ou de branche peut adapter la périodicité des entretiens de parcours professionnel, dans la limite fixée par la loi. Les entreprises disposant déjà d’un accord sur ce sujet avant la réforme du 24 octobre 2025 ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour le mettre en conformité avec les nouvelles règles.
Quelles sont les étapes d’un entretien professionnel ? +
L’entretien s’appuie d’abord sur une préparation en amont, à partir du parcours et des précédents comptes rendus du salarié. Il se poursuit par un échange sur les compétences, la situation professionnelle et les besoins de formation, puis sur les souhaits d’évolution du salarié. Il se conclut par la rédaction d’un compte rendu écrit, remis au salarié.
L’entretien professionnel peut-il se faire en visioconférence ? +
Oui, le Code du travail n’impose aucune modalité précise, ce qui permet de le tenir en présentiel, en visioconférence ou par téléphone. Recueillir l’accord du salarié avant d’opter pour un format à distance n’est pas une obligation légale, mais reste une bonne pratique pour préserver la qualité de l’échange.
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Marie, HRBP chez La Recrue

« Mon rôle : accompagner les dirigeants de PME à structurer la fonction RH dans leur entreprise. »

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