Collaboratrice en burnout devant son ordinateur, illustrant les risque psychosociaux

Risques psychosociaux au travail : ce qu’ils coûtent vraiment et comment agir

Dans beaucoup d’entreprises, les risques psychosociaux restent dans l’angle mort : on gère les cas individuels quand ils éclatent, on sous-estime ce que ça coûte.

Pourtant, les RPS sont des risques professionnels à part entière, avec des obligations légales précises et des conséquences mesurables sur la performance collective.

En bref :

Les RPS désignent les situations de travail qui altèrent la santé physique et mentale des salariés : surcharge, manque d’autonomie, conflits, insécurité de l’emploi, entre autres.

Tout employeur, dès le premier salarié, a une obligation légale d’identifier et de prévenir ces risques. Ils doivent figurer dans le DUERP.

Absentéisme, turnover, désengagement : les conséquences sont mesurables et directement visibles sur la performance de l’entreprise.

Évaluer les risques, former les managers à la détection et agir sur l’organisation du travail sont les trois leviers les plus efficaces pour prévenir durablement.

Que sont les risques psychosociaux ?

La définition de référence en France est celle établie par le rapport Gollac et Bodier, commandé par le ministère du Travail. Elle classe les facteurs de risques psychosociaux en six familles.

Famille de facteurs Ce que ça recouvre concrètement
Intensité et temps de travail Charge excessive, délais irréalistes, interruptions fréquentes, horaires prolongés
Exigences émotionnelles Devoir masquer ses émotions, gérer des situations de tension avec des clients ou des collègues, contact avec la souffrance d’autrui
Manque d’autonomie Pas de marge de manœuvre sur l’organisation de son travail, faible participation aux décisions qui concernent son poste
Rapports sociaux dégradés Conflits interpersonnels, manque de reconnaissance, management défaillant, violence entre collègues
Conflits de valeurs Devoir faire des choses contraires à ses convictions, sentiment d’inutilité, qualité empêchée
Insécurité de la situation de travail Peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir du poste, changements mal accompagnés

Une étude INRS de décembre 2024, synthèse de plus de 800 études internationales, confirme les effets mesurables de ces expositions.

Les salariés exposés à un temps de travail prolongé (plus de 48h par semaine) présentent un excès de risque de plus de 20 % de survenue d’accidents vasculaires cérébraux.

Ceux exposés à une forte demande psychologique ont deux fois plus de risque de développer un burn-out.

Ceux qui manquent de soutien social présentent un excès de risque de plus de 40 % de survenue de lombalgies.

Ces pathologies ne restent pas à la porte de l’entreprise. Elles se traduisent en arrêts, en désengagement, en départs. Les situations de harcèlement au travail ou de violence entre collègues en font partie et méritent une attention particulière, dans un cadre plus large qui touche à la qualité de vie et des conditions de travail.

Prévention des RPS : ce que la loi impose à l’employeur

Les risques psychosociaux ne relèvent pas du bon vouloir de l’employeur. L’article L.4121-1 du Code du travail impose à tout employeur, dès le premier salarié, de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale de ses équipes : prévention, information, formation, et adaptation de l’organisation.

Ces risques doivent figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), au même titre que les risques physiques.

La responsabilité de l’employeur est réelle. En cas de manquement, sa responsabilité civile et pénale peut être engagée. Un salarié peut saisir les prud’hommes, voire engager une procédure en reconnaissance de faute inexcusable.

Absentéisme, turnover, désengagement : le vrai coût des RPS pour votre entreprise

Selon le Baromètre Absentéisme 2025 de Malakoff Humanis (Ifop, 400 dirigeants et 3 000 salariés), 42 % des salariés se sont vu prescrire au moins un arrêt maladie en 2024, et la santé mentale se hisse au deuxième rang des motifs d’arrêt les plus cités.

Les petites structures sont proportionnellement plus exposées : chaque absence pèse davantage sur l’organisation, et le télétravail, qui agit souvent comme amortisseur, y est moins répandu.

Derrière l’absentéisme, il y a aussi le présentéisme (le salarié présent mais épuisé, qui produit moins et contamine la dynamique collective) et le turnover, dont chaque départ entraîne des coûts de recrutement et de formation difficiles à quantifier.

L’EU-OSHA estime que chaque euro investi dans la prévention génère en moyenne 2,2 euros de retour : réduire l’absentéisme n’est pas une dépense, c’est un investissement.

Burn-out, tensions, absences répétées : les signaux qui doivent vous alerter

Les RPS s’installent progressivement. Les signaux sont souvent là bien avant que la situation ne dérape, mais faciles à rationaliser : « c’est une période chargée », « il est comme ça ». Voici les indicateurs à surveiller.

Signaux individuels

  • Baisse de performance sans explication claire
  • Irritabilité ou retrait inhabituels
  • Absences courtes et répétées
  • Plaintes récurrentes sur la charge ou les relations

Signaux collectifs

  • Hausse de l’absentéisme sur un service précis
  • Turnover inhabituellement élevé
  • Tensions récurrentes en réunion ou conflits interpersonnels
  • Baisse de qualité sans cause opérationnelle identifiée

Les intégrer à un tableau de suivi de vos KPI RH permet de détecter les évolutions dans le temps, sans attendre qu’elles deviennent des crises.

Comment prévenir les risques psychosociaux concrètement ?

Prévenir les RPS n’exige pas de créer une direction du bien-être ou de lancer un grand programme. Trois leviers suffisent pour enclencher une démarche qui tient dans la durée.

1. Intégrer les RPS au DUERP

C’est le point de départ légal. Si votre document unique n’en tient pas encore compte, c’est la première chose à corriger. L’évaluation ne nécessite pas de spécialiste : un questionnaire anonyme ou des échanges avec les managers suffisent souvent à faire remonter les facteurs d’exposition principaux.

2. Former les managers à la détection

Les managers de proximité sont les premiers témoins des situations à risque. Encore faut-il qu’ils sachent quoi regarder et à qui remonter l’information. Une demi-journée de sensibilisation bien construite peut changer radicalement la façon dont les signaux sont traités dans une équipe.

3. Agir sur les causes organisationnelles

Proposer du yoga à des équipes sous-staffées, c’est soigner les symptômes sans toucher aux causes. La prévention durable passe par la charge, les délais, la clarté des rôles, la qualité du management. C’est là que se trouvent les vrais leviers pour améliorer le quotidien de vos équipes.

Les RPS peuvent-ils être reconnus comme maladie professionnelle ? +
Oui, sous certaines conditions. Le burn-out, par exemple, peut être reconnu comme maladie professionnelle si le lien avec le travail est établi devant le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Cette reconnaissance ouvre droit à une indemnisation renforcée via la Sécurité sociale. Le salarié peut ensuite engager une procédure distincte en reconnaissance de faute inexcusable de l’employeur.
Un salarié peut-il invoquer les RPS pour rompre son contrat de travail ? +
Oui. Un salarié qui estime que sa santé mentale est mise en danger par ses conditions de travail peut prendre acte de la rupture de son contrat aux torts de l’employeur. Si le juge reconnaît le manquement, cette rupture produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. L’employeur s’expose alors à des indemnités significatives.
Photo de Cécile

Cécile, HRBP chez La Recrue

« Je partage des conseils au quotidien aux dirigeants de PME pour simplifier la gestion de leur équipe. »

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