Employeurs et salarié en accord sur une rupture conventionnelle

Proposer une rupture conventionnelle : procédure, indemnité et points de vigilance

La rupture conventionnelle est souvent présentée comme la séparation idéale : ni licenciement, ni démission. Pour l’employeur, elle présente des avantages réels.

Mais elle obéit à une procédure précise, génère un coût souvent sous-estimé depuis la hausse de la contribution patronale en janvier 2026, et n’est pas adaptée à toutes les situations. Ce guide couvre l’essentiel avant de vous lancer.

En bref : La rupture conventionnelle permet de mettre fin à un CDI d’un commun accord via une procédure encadrée : au moins un entretien, 15 jours calendaires de rétractation, puis homologation par la DREETS sous 15 jours ouvrables.

L’indemnité minimale est fixée à 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté, à laquelle s’ajoute une contribution patronale de 40% sur la part exonérée de cotisations sociales. Une procédure mal conduite expose au refus d’homologation ou à une contestation aux Prud’hommes.

Rupture conventionnelle à l’initiative de l’employeur : dans quels cas y recourir

La rupture conventionnelle est pertinente quand les deux parties ont un intérêt réel à mettre fin au contrat. Du côté de l’employeur, les situations les plus fréquentes sont un désaccord sur l’évolution du poste, une réorganisation qui rend le maintien difficile, ou un salarié qui exprime le souhait de partir sans vouloir démissionner pour conserver ses droits à l’assurance chômage.

Son principal attrait pour l’employeur est d’offrir un cadre amiable là où un licenciement aurait nécessité des motifs solides et une procédure plus lourde. Elle protège des contentieux prud’homaux à condition d’être conduite correctement. Les obligations de l’employeur en matière de bonne foi s’appliquent ici pleinement : une rupture initiée juste après un avertissement, dans un contexte de conflit documenté, ou sous pression manifeste, peut être requalifiée par la DREETS ou les Prud’hommes.

Elle est en revanche inadaptée quand l’employeur cherche à contourner un licenciement économique, ou quand la situation du salarié laisse planer un doute sur la liberté de son consentement. Dans ces cas, mieux vaut engager la procédure qui correspond réellement à la situation.

Bon à savoir : La rupture conventionnelle est possible pendant un arrêt maladie ordinaire, à condition que le consentement du salarié soit libre et éclairé. Elle est en revanche interdite pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle, sauf exceptions strictement encadrées par la jurisprudence.

La procédure de rupture conventionnelle étape par étape

La procédure est strictement encadrée par le Code du travail et ne laisse pas de place à l’improvisation. Du premier entretien à la date effective de rupture, comptez 45 jours environ. Chaque étape conditionne la validité de la suivante.

  1. Proposition écrite. L’initiative peut venir de l’employeur ou du salarié. Aucune forme n’est légalement imposée, mais une trace écrite est fortement recommandée pour éviter toute contestation ultérieure.
  2. Convocation à l’entretien. L’invitation est envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Le salarié doit disposer d’un délai minimum de 5 jours ouvrables entre la réception de la convocation et la tenue de l’entretien.
  3. Entretien(s) de négociation. Au moins un entretien est obligatoire. C’est à ce stade que se négocient la date de fin du contrat et le montant de l’indemnité. Le salarié peut se faire accompagner par un membre de l’entreprise ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur.
  4. Signature du CERFA. La convention est signée en 3 exemplaires originaux. Un exemplaire est obligatoirement remis au salarié contre décharge le jour de la signature.
  5. Délai de rétractation. Les deux parties disposent de 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature pour se rétracter, sans avoir à se justifier. En cas de rétractation, la convention est annulée et le contrat se poursuit normalement.
  6. Dépôt pour homologation. Le CERFA est transmis via TéléRC à la DREETS. Celle-ci dispose de 15 jours ouvrables pour se prononcer. L’absence de réponse dans ce délai vaut acceptation tacite.
  7. Date de rupture. Le contrat ne peut être rompu qu’au plus tôt le lendemain de l’homologation. Toute date de fin fixée avant l’expiration du délai d’homologation est irrégulière.

Un point d’attention sur les délais : ils sont tous impératifs. Un seul non-respecté suffit à invalider la procédure entière et à exposer l’employeur à un refus d’homologation.

Indemnité de rupture conventionnelle : comment calculer le montant dû

L’indemnité légale constitue un plancher absolu : vous ne pouvez pas verser moins. Si votre convention collective prévoit un barème plus favorable pour le salarié, c’est ce dernier qui s’applique obligatoirement. Le simulateur officiel TéléRC permet de vérifier le minimum applicable à chaque situation.

La formule légale est la suivante : 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois au-delà. Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois. Les primes et avantages en nature entrent dans le calcul.

À l’indemnité versée au salarié s’ajoute une contribution patronale de 40% sur la part de l’indemnité exonérée de cotisations sociales, applicable depuis janvier 2026. C’est un coût direct pour l’employeur, souvent oublié dans les estimations initiales.

Élément Calcul Montant
Salaire brut mensuel moyen Référence de calcul 2 500 €
Ancienneté 6 ans
Indemnité légale minimale 2 500 € × 1/4 × 6 ans 3 750 €
Contribution patronale (40%) 3 750 € × 40% 1 500 €
Coût total employeur 5 250 €

Cet exemple correspond à l’indemnité légale minimale. Une convention collective plus favorable ou une négociation au-dessus du plancher augmentera mécaniquement le coût total. Il est donc utile de chiffrer précisément la rupture avant d’entamer la discussion avec le salarié.

Refus d’homologation : les erreurs qui invalident la procédure

En cas de refus de la DREETS, le contrat de travail n’est pas rompu et se poursuit dans les conditions habituelles. L’employeur et le salarié disposent alors de 12 mois pour contester la décision devant le conseil des Prud’hommes.

Dans la plupart des cas, un refus s’explique par une erreur de forme évitable, ce qui illustre concrètement les risques de non-conformité que génère une procédure bâclée.

Les causes de refus les plus fréquentes sont les suivantes :

  1. Délai de convocation non respecté : moins de 5 jours ouvrables entre la réception de l’invitation et la tenue de l’entretien.
  2. Convention signée avant l’expiration du délai de rétractation de 15 jours calendaires.
  3. Indemnité inférieure au minimum légal ou au barème de la convention collective applicable.
  4. CERFA mal rempli, incomplet ou signé en moins de 3 exemplaires originaux.
  5. Vice de consentement : contexte de pression avéré, conflit documenté ou vulnérabilité du salarié au moment de la signature.

Le dernier point est le plus difficile à anticiper, car il relève souvent d’une appréciation des circonstances. C’est pourquoi le contexte dans lequel vous engagez la démarche est aussi important que la forme.

Une rupture conventionnelle bien menée

Ce qui distingue une rupture conventionnelle réussie d’une procédure qui déraille, c’est rarement le formalisme. Les délais et les formulaires s’apprennent vite.

Ce qui pose problème, c’est presque toujours le contexte : une relation dégradée, une communication insuffisante avant la première conversation, ou une négociation engagée sans avoir anticipé les attentes réelles du salarié.

Comprendre ce que le salarié cherche à obtenir, qu’il s’agisse d’un délai de préavis adapté à son projet, d’une indemnité supérieure au minimum légal ou simplement d’une sortie discrète vis-à-vis des équipes, permet souvent de trouver un accord rapide et solide. Une rupture négociée dans la transparence limite le risque de rétractation de dernière minute et préserve le climat interne.

Pour les employeurs qui traversent régulièrement ce type de situation, identifier les risques sociaux en amont permet d’anticiper les départs sensibles avant qu’ils ne deviennent des urgences à gérer dans l’urgence. Une fois la procédure aboutie, la question de gérer sereinement le départ opérationnel reste entière : transmission des dossiers, communication aux équipes, organisation du remplacement.

Un employeur peut-il refuser une demande de rupture conventionnelle ? +
Oui, sans avoir à se justifier. La rupture conventionnelle repose sur le consentement mutuel des deux parties : ni l’employeur ni le salarié ne peut imposer sa conclusion à l’autre. L’employeur qui refuse s’expose cependant à une dégradation de la relation si le salarié souhaitait partir. Mieux vaut dans ce cas explorer les raisons de la demande avant de fermer la porte.
Que se passe-t-il si le salarié se rétracte après la signature ? +
Les deux parties disposent d’un délai de rétractation de 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature. Si le salarié se rétracte dans ce délai, la convention est annulée et le contrat de travail se poursuit normalement. Passé ce délai, la rétractation n’est plus possible.
La rupture conventionnelle est-elle possible pendant un arrêt maladie ? +
Oui, sous conditions. La rupture conventionnelle n’est pas interdite pendant un arrêt maladie ordinaire, à condition que le consentement du salarié soit libre et éclairé. Elle est en revanche impossible pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle, sauf exceptions strictement encadrées.
Combien de temps dure une procédure de rupture conventionnelle ? +
En partant du premier entretien, comptez au minimum cinq à six semaines : délai de convocation de 5 jours ouvrables minimum, entretien(s), signature, 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables pour l’homologation par la DREETS. La date de fin de contrat ne peut être fixée avant l’expiration de ce dernier délai.
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Camille, Responsable de pôle RH chez La Recrue

« J’accompagne l’équipe RH chez La Recrue pour aider nos clients dirigeants à relever leurs défis RH du quotidien. »

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